El Hadji Hassan Gouled Aptidon (Paix à son âme) : Un sage qui a conduit sa nation avec détermination
El Hadji Hassan Gouled Aptidon
(Paix à son âme) :
Un sage qui a conduit sa
nation avec détermination
Dans cet article, nous retraçons le parcours du père fondateur de la nation
djiboutienne, El Hadji Hassan Gouled Aptidon (paix à son âme), premier
Président de la République de Djibouti. Celui que les artistes de la troupe «
Gacan-Macaan » accompagnaient, à chacune de ses apparitions en publiques, avec
la chanson : « HALKAAD NOO DIRTABA HAYE, AABO, HAYE » — « Où que tu nous
envoies, nous acceptons, Père ». Son destin se confond avec celui de la nation
djiboutienne. De son ascension politique à son habileté stratégique, en passant
par l’exercice de la magistrature suprême à la tête de la jeune nation
djiboutienne, Hassan Gouled Aptidon demeure l’une des grandes figures
politiques africaines du XXe siècle. Disparu le 21 novembre 2006 à son domicile
de Haramous, après avoir transmis le flambeau en 1999 à son successeur, Son
Excellence M. Ismaïl Omar Guelleh, élu au suffrage universel, il laisse
l’héritage d’un homme d’État visionnaire, qui sut, contre vents et marées,
conduire son peuple avec sagesse, fermeté et détermination.
El Hadji Hassan
Gouled Aptidon (Paix en son âme) est né le 15 octobre 1916 à Djibouti, en ce
temps, « Côte française des Somalis ». Il a fait ses études limitées à l’époque
aux six premières classes du primaire, à l’école publique. En 1935, sous un empire
colonial en apogée, il débute sa vie professionnelle, comme apprenti
préparateur en pharmacie à l’hôpital colonial avant de devenir quelques années
plus tard, entrepreneur.
Quelques mois
d’emprisonnement pour des suppositions concernant son implication dans des
incidents politiques en 1941, ont réveillé sa conscience. Rapidement, il
s’exile en France. À Paris, il comprend les rouages de la République, observe
le fonctionnement des institutions, apprend à composer, à négocier. Son regard
s’élargit au sort des siens. De retour au pays en 1946 il fonde, avec Mahmoud
Harbi, Mohamed Kamil Mohamed et Ali Aref Bourhan le « Club de la jeunesse
somalie et dankalie ».
Élu au Conseil
représentatif du Territoire, où il en devient vice-président En 1950 puis
membre entre du Conseil de la République en 1952, Hassan Gouled Aptidon s’est
distingué au cours de son mandat au sein du groupe du Rassemblement
d’Outre-mer, par sa défense constante des intérêts de la Côte française des
Somalis. Au Sénat, sous la bannière du RPF de Charles de Gaulle, il devient une
voix incontournable des territoires d’outre-mer, porté par son éloquence et sa
détermination. Il plaide pour la modernisation des infrastructures, la
promotion de l’enseignement, la reconnaissance des victimes des répressions
coloniales, notamment celles de la tuerie de 1941.
Le 12 juin 1956,
il dépose une proposition de résolution visant à promouvoir le progrès
économique et social de son territoire. Devenu ministre de l’Enseignement après
les accords d’Arta en 1963, il est emprisonné en 1967 avec d’autres figures du
PMP. Mais le destin s’accélère : élu à l’Assemblée territoriale en 1968, il
devient ministre de l’Intérieur.
À l’aube de
l’indépendance, il préside la Ligue populaire africaine pour l’indépendance
(LPAI), et émerge comme l’homme providentiel. Le 18 mai 1977, il est nommé
président du Conseil de gouvernement. Le 27 juin suivant, la République de
Djibouti voit le jour, et Hassan Gouled Aptidon en devient le premier
Président.
Le bâtisseur
d’une République
Durant plus de
deux décennies, le président Gouled façonne les fondations d’un État encore
fragile et instaure pour y renforcer sa base, un système de parti unique, une
décision critiquée mais justifiée, par l’urgence de maintenir l’unité
nationale.
Dans son discours
historique du 27 juin 1977, le Président Hassan Gouled Aptidon proclame
solennellement l’indépendance de la République de Djibouti.
« Djiboutiens,
Djiboutiennes, Frères et sœurs de la capitale et des cercles d’Ali Sabieh et de
Tadjourah, de Dikhil et d’Obock. Rendons grâce à Dieu, le Tout Puissant, le
Miséricordieux.
Car nous voilà
enfin réunis pour la liberté.
Voici qu’un
peuple nouveau s’est levé dans la Paix, l’Unité et la Fraternité.
Oui voici
Djibouti enfin libre et indépendant
Oui Djibouti vivra
libre et indépendant
Voilà le fruit
de notre victoire » a déclaré El Hadji Hassan Gouled Aptidon (Allah Yarhamu),
dans son premier discours prononcé la nuit même des changements officiels des
deux drapeaux, aux alentours de minuit 5, sous un ciel éclairé par des feux
d’artifices multicolores et notamment sous un drapeau djiboutien qui flotte
pour la première fois au-dessus de sa tête.
Dans ce discours
historique, le premier Président de la nation djiboutienne a rendu un hommage
vibrant aux femmes djiboutiennes, saluant leur courage, leur fidélité et leur
rôle essentiel dans le combat pour l’indépendance.
« Vous avez
toujours été présentes à nos combats, toujours premières à répondre à l’appel
de la Patrie. (…) Vous avez vu vos maris, vos frères et vos fils emmenés et
disparaitre, mais vous avez gagné l’Indépendance !
Vous avez vu vos
familles déchirées par le barbelé, mais vous avez gagné l’Indépendance !
Vous avez vu vos
enfants maltraités et humiliés, mais vous avez gagné l’Indépendance !
Vous avez vu vos
frères et vos sœurs déportés, mais vous avez gagné l’Indépendance ! » Une
déclaration qui confirme l’importance de la femme dans les coutumes ancestrales
des communautés djiboutiennes.
Mettant en
garde, la population contre les dangers du tribalisme, le père fondeur de la
nation djiboutienne. « Le tribalisme est l’ennemi et le contraire de
l’indépendance nationale et il ne profite qu’à ceux-là même qui se sont opposés
jusqu’aux derniers jours de notre souveraineté pour s’assurer le pouvoir, pour
favoriser les uns contre les autres, pour perpétuer l’humiliation de notre
peuple en donnant au monde, le spectacle artificiel de nos divisions » a-t-il
bien insisté.
Evoquant par la
suite le développement de cette nation qui venait tout juste de naitre : « Ne
croyez pas que le combat pour l’unité populaire soit pour autant terminer !
Cette indépendance nous permet seulement de mieux continuer notre lutte »
a-t-il souligné avant de rappeler les grands traits de sa politique. «
Souvenez-vous ! Au début de ma vie politique et voulant résumer qu’elle avait
été mon action pour mieux en conduire la suite, je m’étais assigné trois buts :
- La Paix entre les différentes
populations.
- Le développement économique et
social.
- L’évolution politique devant
conduire progressivement jusqu’à l’émancipation du territoire » a-t-il précisé.
Et pour parvenir
à cette unité, socle de la nation, il crée le 4 mars 1979, à Dikhil, ville qui
symbolise l’unité nationale, le Rassemblement Populaire pour le Progrès (RPP),
un parti qui deviendra le pilier de la vie politique djiboutienne.
Sous sa
présidence, plusieurs orientations avaient dominé sa politique étrangère : la
volonté d’une entente étroite avec la France, la neutralité, la recherche
d’appuis auprès des pays arabes et un équilibre délicat avec les voisins.
Cherchant toujours à renforcer la politique de Djibouti en Afrique orientale,
Hassan Gouled crée en 1986, l’Autorité intergouvernementale sur la sécheresse
et le développement (devenue I.G.A.D. en 1996, comprenant Djibouti, l’Éthiopie,
la Somalie, le Kenya, le Soudan et l’Ouganda l’Érythrée puis le Sud Soudan),
dont le siège est à Djibouti. Par ailleurs, la R.D.D. intégrait, en 1993, le COMESA,
organisation d’intégration économique régionale.
En 1991, alors
que la guerre civile éclate, il amorce un virage démocratique et organise en
mai 1993, les premières élections multipartites. Le Front pour la restauration
de l’unité et de la démocratie (FRUD) signe un accord de paix avec son
gouvernement en décembre 1994, scellant la fin d’un conflit fratricide.
Hassan Gouled se
retire de la politique en 1999. « Mon cœur est rempli de fierté en contemplant
ma nation réconciliée, sa mémoire reconstruite et son histoire libérée de ses
ressentiments », a-t-il déclaré dans son message au congrès du RPP, lu par un
responsable du parti. Il a 83 ans. La République qu’il laisse est stable. Avec
l’humilité tranquille qui l’a caractérisé toute sa vie, il s’efface dans la
discrétion. Il vivra encore sept années loin des projecteurs. Son épouse,
fidèle compagne de route, Aicha Bogoreh s’éteint en août 2001, à l’âge de 73
ans. Lui-même rend son dernier souffle le 21 novembre 2006, à son domicile à
Haramous, entouré des siens. Il avait 90 ans. En hommage à son rôle fondateur,
Plusieurs infrastructures portent son nom : Le Stade Hassan Gouled Aptidon le
boulevard El Hadji Hassan Gouled Aptidon….etc.
Allah Yarhamu,
El Hadji Hassan Gouled était un conciliateur, un homme d’équilibre dans une
région en conflits. Son parcours était tiraillé entre héritage colonial,
renforcement de l’unité et de la cohésion sociale. Père fondateur de la nation
djiboutienne, Hassan Gouled Aptidon figure parmi les politiciens africains les
plus emblématiques du XXᵉ siècle. Il était un sage
qui, contre vents et marées, a conduit sa
nation avec détermination. Qu’Allah l’accueille dans Son paradis éternel.
RACHID BAYLEH

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