ANCLD : Dix années au cœur du processus de la décentralisation

Créée en 2016 dans un contexte où le concept de la décentralisation était encore à l’état embryonnaire sous nos cieux, l’Association Nationale des Collectivités Locales de Djibouti, (ANCLD), s’est progressivement imposée comme un acteur incontournable du paysage institutionnel national. De sa phase de structuration à son rayonnement international, en passant par le renforcement des capacités des élus et l’implication croissante de la société civile, la faîtière de notre pays a su consolider son rôle de trait d’union entre l’État, les régions, les communes et les partenaires au développement. Sa reconnaissance actuelle en tant qu’organisation d’utilité publique consacre une décennie d’engagement au service de la gouvernance locale.

L’ANCLD voit le jour en février 2016, à un moment où notre pays traverse une étape décisive de son évolution institutionnelle. En effet, la décentralisation, amorcée quelques années auparavant, exige alors une coordination plus étroite entre les différentes collectivités territoriales. Les communes et conseils régionaux disposent de compétences élargies, mais ils manquent d’un cadre fédérateur capable d’harmoniser les pratiques, de mutualiser les expériences et de porter leurs préoccupations auprès de l’État. La création de l’ANCLD répond précisément à cette nécessité.

Pensée dès l’origine comme une organisation faîtière à but non lucratif, régie par la loi de 1901 comme toutes les autres associations nationales du pays, elle regroupe les conseils régionaux d’Ali Sabieh, d’Arta, de Dikhil, de Tadjourah et d’Obock, ainsi que les 3 communes de la capitale : Balbala, Boulaos et Ras-Dika.

Bien que juridiquement constituée en 2016, c’est à partir de 2018 que l’ANCLD devient pleinement opérationnelle grâce à l’appui de l’Association Internationale des Maires Francophones (AIMF) et au soutien de l’Union européenne, avec pour ambition de contribuer à bâtir des collectivités fortes, autonomes et responsables.

Cet accompagnement lui a permis d’installer un siège à Djibouti-ville, de se doter d’un équipement bureautique, de constituer un secrétariat permanent et de recruter un personnel administratif qualifié afin d’assurer la gestion quotidienne. Plus encore, des outils fondamentaux sont élaborés, notamment un organigramme fonctionnel, un manuel de procédures administratives, financières et comptables ainsi qu’un mécanisme de suivi et d’évaluation destiné à garantir la transparence et la rigueur de la gouvernance interne. Cette structuration servira de socle à l’ensemble de ses actions futures et lui permettra notamment de devenir une institution crédible, capable d’engager des projets structurants, de dialoguer avec les autorités nationales et de répondre aux exigences des partenaires internationaux.

Le siège de l’association, inauguré à Gabode 4 dans la commune de Boulaos, se déterminera aussitôt par ses capacités à servir d’espace de concertation permanente entre élus locaux. Il offre à l’association un cadre structuré pour promouvoir la démocratie locale, défendre les intérêts des collectivités auprès des pouvoirs publics, favoriser l’échange d’expériences et renforcer les capacités techniques et administratives des acteurs territoriaux.

Rappelons que la démarche s’inscrit dans une dynamique politique plus large, marquée par la création du ministère délégué chargé de la Décentralisation, en vue de piloter et d’accompagner le processus de transfert progressif des compétences vers les collectivités territoriales. Une  initiative permet à l’ANCLD de se positionne comme un partenaire naturel de l’État, tout en préservant son autonomie associative, garante de sa crédibilité et de son indépendance institutionnelle.

Renforcement des capacités locales, un pari réussi

Très tôt, la faitière de Djibouti comprend que la réussite de la décentralisation ne dépend pas uniquement des textes juridiques, mais aussi des compétences humaines. Les élus locaux et les cadres territoriaux doivent maîtriser des domaines aussi variés que la planification stratégique, la gestion budgétaire, la communication publique ou la mobilisation de ressources.

Pour y parvenir l’association multiplie depuis 2018, les sessions de formation, ateliers techniques et séminaires spécialisés. Une série d’outils dédiée à renforcer la capacité des collectivités à concevoir et mettre en œuvre des projets de développement.

En vue d’améliorer la qualité de la gestion locale et promouvoir une gouvernance participative, intégrant les citoyens dans les processus décisionnels, l’association signe un partenariat avec l’Institut National d’Administration Publique pour des formations, réunissant élus, agents territoriaux et représentants d’organisations de la société civile.

Et une autre, en mai 2024 avec le Ministère délégué chargé de la Décentralisation pour aligner les priorités nationales et locales. Cette  collaboration lui a permis par la suite de participer activement aux réflexions stratégiques sur l’évolution du cadre juridique de la décentralisation, sur la répartition des ressources financières et sur les mécanismes d’appui technique aux communes et régions. Elle devient ainsi un interlocuteur incontournable dans la définition des politiques publiques territoriales.

Au fil des années, l’ANCLD instaure progressivement une culture de gouvernance interne fondée sur la transparence et la collégialité.

La démocratie interne en action

Chaque année, elle organise son Assemblée générale ordinaire, un rendez-vous devenu central dans la vie institutionnelle des collectivités locales. Ces rencontres annuelles permettent de dresser le bilan des activités écoulées, d’adopter les rapports financiers et de définir les orientations stratégiques pour l’année suivante.

La quatrième Assemblée générale, organisée en 2023, a notamment été marquée par une révision des statuts et du règlement intérieur, traduisant la volonté d’adapter l’architecture institutionnelle aux nouveaux défis.

L’année 2024 marque un tournant de ses activités, avec l’organisation de la première Journée nationale des collectivités locales. Placé sous l’égide du Premier Ministre, Son Excellence M. Abdoulkader Kamil Mohamed, l’événement a servi à l’association de sensibiliser le rôle croissant des territoires dans le développement du pays.

Durant cette journée, panels, conférences et expositions illustrent les projets menés par les communes et conseils régionaux, qu’il s’agisse d’assainissement, d’éclairage public, de gestion des marchés ou de promotion de l’emploi local. L’ANCLD y apparaît comme le chef d’orchestre d’une dynamique, coordonnant les initiatives et valorisant les bonnes pratiques.

Deux jours plus tard, une journée portes ouvertes organisée au siège de l’association renforce encore cette proximité avec les citoyens en permettant aux visiteurs de s’enquérir des missions, des projets et des ambitions de l’organisation.

À travers ces rendez-vous statutaires, l’ANCLD démontre son attachement aux principes de bonne gouvernance qu’elle promeut auprès des régions et des communes.

Des liens internationaux forts 

Au-delà des frontières nationales, l’ANCLD s’inscrit dans un réseau de coopération décentralisée. En octobre 2023, elle signe un accord avec l’Association Nationale des Communes du Bénin, ouvrant la voie à des échanges d’expertise entre collectivités djiboutiennes et béninoises.

Ce partenariat illustre la volonté de l’ANCLD de s’inspirer d’expériences réussies ailleurs en Afrique et de partager ses propres avancées. Il favorise la circulation des idées, la mutualisation des outils et la mise en place de projets conjoints.

Du forum international de la coopération et des partenariats locaux au Maroc en 2019, permettant à la délégation de l’ANCLD de signer non seulement des conventions de coopération et de protocoles d’entente avec les collectivités territoriales marocaine, européenne et africaine mais de parapher également la charte de coopération décentralisée entre les collectivités territoriales Africaines et Européennes, au Sommet ‘‘Climate Chance Europe Afrique 2025’’ à Marseille, en passant par le 44è congrès de l’AIMF qui s’est tenu à Lausanne en Suisse en mai 2022, les discussions avec les faitières du monde ont permis de renforcer la crédibilité internationale de l’ANCLD ouvrant ainsi la voie à des nouvelles perspectives aux collectivités djiboutiennes .

Il est à noter que malgré ces progrès significatifs, l’ANCLD demeure confrontée à des défis financiers qui cependant ne freinent pas la dynamique engagée mais qui au contraire, nourrissent une réflexion stratégique orientée vers l’autonomisation progressive de l’association.

Et un nouveau chapitre en 2026

Les travaux de la 3ième séance du conseil des ministre tenus le mardi 10 février dernier sous la Présidence de Son Excellence, Monsieur ISMAÏL OMAR GUELLEH, Président de la République et Chef du Gouvernement, ont en effet accordé à l’ANCLD le statut d’organisation non gouvernementale. Cette reconnaissance institutionnelle consacre dix années d’efforts soutenus et renforce la légitimité de l’association sur la scène nationale.

Ce nouveau statut qui consacre l’ANCLD comme un acteur essentiel du développement local, justifie assez aussi la maturité croissante de la gouvernance locale djiboutienne.

RACHID BAYLEH

La parole à….

Ali Rouffa Aden

Secrétaire permanent de l’ANCLD

« Ce changement de statut n’est pas une finalité, mais une responsabilité accrue »

« La reconnaissance officielle de l’ANCLD comme organisation non gouvernementale d’utilité publique constitue un moment historique et profondément symbolique pour notre institution. Elle consacre des années d’engagement, de rigueur et de travail collectif au service du développement local, de la bonne gouvernance et du renforcement des capacités des collectivités territoriales. Ce changement de statut n’est pas une finalité, mais une responsabilité accrue. Il nous oblige à aller plus loin, à être encore plus transparents, plus innovants et plus proches des besoins réels des collectivités et des populations que nous accompagnons.  Depuis sa création, l’ANCLD est née d’une volonté claire : offrir un cadre de concertation, d’appui et de plaidoyer en faveur des collectivités locales et du développement territorial durable. Les premières années ont été consacrées à la structuration institutionnelle, à la définition d’une vision stratégique claire et à l’établissement de partenariats solides, tant au niveau national qu’international. Progressivement, l’ANCLD s’est imposée comme un acteur crédible et reconnu, capable de porter des projets structurants, d’accompagner les collectivités dans le renforcement de leurs capacités institutionnelles, et de promouvoir la gouvernance locale, la planification territoriale et la participation citoyenne. La reconnaissance comme ONG d’utilité publique vient aujourd’hui valider ce cheminement, marqué par la constance, la crédibilité et l’impact mesurable des actions menées sur le terrain. Je remercie le Président de la République et l’ensemble du gouvernement pour cette reconnaissance ».

Interview exclusive :

« Cette reconnaissance vient consolider notre légitimité institutionnelle » Omar Houssein Omar, Président de l’ANCLD

Dans le cadre du FOCUS de ce jeudi consacré à l’Association Nationale des Collectivités Locales de Djibouti (ANCLD), son président, Omar Houssein Omar, nous a accordé un entretien exclusif. Reconnu depuis le 10 février dernier comme organisation d’utilité publique, il revient sur la portée de cette distinction, les enjeux qu’elle soulève et les perspectives qu’elle ouvre pour l’association. Dix ans après sa création, l’ANCLD franchit ainsi une nouvelle étape en intégrant officiellement le cercle des ONG du pays. Voici l’intégralité de cette interview.

La Nation : Monsieur le Président, dix ans après sa création, l’Association Nationale des Collectivités Locales de Djibouti (ANCLD) a été reconnue organisation d’utilité publique lors de la 3 séance du Conseil des ministres tenue le mardi 10 février dernier. Quelle a été votre première réaction à l’annonce de cette reconnaissance officielle ?

Omar Houssein Omar : C’est une immense satisfaction et une profonde fierté, tant pour moi que pour l’ensemble des élus locaux de la République de Djibouti, sans oublier le personnel administratif de l’ANCLD, qui œuvre quotidiennement avec engagement et professionnalisme. Je tiens à exprimer ma sincère gratitude à Son Excellence le Président de la République ainsi qu’à son Gouvernement pour cette reconnaissance officielle, qui vient consacrer des années d’efforts, de persévérance et de travail collectif au service du renforcement de la décentralisation et du développement local dans notre pays.

Que représente concrètement pour vous et pour l’ensemble des collectivités locales ce nouveau statut ?

 OHO : L’obtention du statut d’ONG constitue une avancée majeure et une véritable opportunité pour notre organisation faîtière. Ce nouveau cadre juridique nous offre une reconnaissance élargie et renforce notre crédibilité auprès de nos partenaires. Il nous permet désormais d’intervenir aussi bien au niveau national qu’international, ce qui n’était pas pleinement possible sous le statut d’association. Le champ d’action d’une ONG étant plus vaste, il nous ouvre de nouvelles perspectives en matière de coopération, de mobilisation de financements, de partenariats stratégiques et de participation aux initiatives régionales et internationales liées à la décentralisation et au développement local.

En quoi cette reconnaissance renforce-t-elle la dimension institutionnelle, stratégique et opérationnelle de l’ANCLD ?

OHO : Cette reconnaissance vient consolider notre légitimité institutionnelle et confirmer la place centrale que nous occupons dans l’élaboration, l’analyse et l’accompagnement des politiques publiques de décentralisation. Elle renforce également notre capacité opérationnelle à concevoir, piloter et gérer des projets structurants au service des collectivités locales. Par ailleurs, elle conforte notre rôle de coordination, de concertation et de mise en synergie entre les différentes collectivités territoriales. Enfin, cette distinction contribue à professionnaliser davantage notre gouvernance, à structurer notre action dans la durée et à inscrire nos interventions dans une dynamique pérenne et cohérente.

Quelles nouvelles perspectives ou opportunités ce statut ouvre-t-il en matière de partenariats, de financements et de rayonnement national et international ?

OHO : Elle ouvre désormais de larges perspectives, tant au niveau national qu’international, notamment en matière de partenariats stratégiques et de mobilisation de financements. Dorénavant, nous pouvons bénéficier plus aisément de l’appui de l’État, du soutien des partenaires techniques et financiers, et accéder à des mécanismes de financement structurés. Nous sommes également en mesure de répondre aux appels à projets nationaux et internationaux, afin de mobiliser des ressources au profit des collectivités locales et de mieux répondre à leurs besoins en matière de développement et de gouvernance territoriale.

« Notre objectif est de consolider davantage la gouvernance interne de l’organisation et de veiller au strict respect de nos dispositions statutaires ».

Peut-on interpréter cette décision comme une marque de confiance renouvelée de l’État envers les collectivités locales et leur faitière ?

OHO : Absolument. En instaurant la décentralisation, le Président de la République a placé le développement local au cœur des priorités nationales, en reconnaissant le rôle stratégique que peuvent jouer les élus locaux au plus près de nos concitoyens. Cette vision consacre la proximité comme levier essentiel d’efficacité et de cohésion sociale, en confiant aux collectivités territoriales une responsabilité accrue dans la mise en œuvre des politiques publiques. Il s’agit indéniablement d’une marque de confiance forte à l’égard des élus locaux, et nous exprimons, à ce titre, notre profonde gratitude au Président de la République ainsi qu’à son Gouvernement pour leur engagement constant en faveur du renforcement de la décentralisation et du développement territorial.


Selon vous, quels sont les principaux facteurs – institutionnels, organisationnels ou politiques – qui ont permis à l’ANCLD d’accéder aujourd’hui à ce statut d’utilité publique ?

OHO : Tout d’abord, cette avancée est le fruit d’un plaidoyer constant mené par les membres du bureau, avec l’appui de notre organe administratif composé d’un comptable, d’un responsable de la communication, d’un chef de projet et placé sous la coordination d’un Secrétaire permanent. Cette équipe assure la continuité institutionnelle et le suivi rigoureux de nos actions. Deuxièmement, elle repose sur le travail concret accompli sur le terrain, tant en matière de renforcement des capacités de nos élus locaux que dans la mise en œuvre de projets structurants au bénéfice direct des collectivités territoriales. Au cours des années précédentes, nous avons bénéficié d’un appui financier et technique précieux, notamment à travers la mise à disposition d’un consultant par nos partenaires, en particulier l’Union européenne et l’Association Internationale des Maires Francophones, à laquelle nous sommes affiliés. Je tiens à profiter de cette tribune pour leur exprimer notre sincère reconnaissance pour leur accompagnement constant et leur confiance.

En 2019, l’ANCLD a noué un partenariat avec les parlementaires de la 8 législature. Quels ont été les résultats concrets de cette collaboration ? Et comment se présente aujourd’hui la coopération avec la 9 législature ?

OHO : La collaboration engagée en 2019 avec les parlementaires de la 8 législature a constitué une étape importante dans le rapprochement entre le pouvoir local et le pouvoir législatif. Elle a permis d’instaurer un cadre de dialogue structuré autour des enjeux liés à la décentralisation, au transfert de compétences, au renforcement des ressources des collectivités territoriales et au développement territorial équilibré. Concrètement, cette coopération s’est traduite par des échanges réguliers, des séances de travail techniques et un plaidoyer commun visant à mieux prendre en compte les préoccupations des collectivités locales dans l’élaboration et l’examen des textes législatifs. Elle a également contribué à sensibiliser les parlementaires au rôle stratégique des élus locaux dans la mise en œuvre des politiques publiques. Avec la 9 législature, cette dynamique se poursuit et se consolide. La coopération s’inscrit aujourd’hui dans une approche de plaidoyer institutionnel renforcé, axée sur l’amélioration du cadre juridique de la décentralisation, la clarification des compétences et la mobilisation de ressources adaptées aux besoins des collectivités. Notre ambition est de maintenir un dialogue permanent et constructif avec les représentants de la Nation afin de faire de la décentralisation un levier effectif de développement local et de cohésion nationale.

 

La dernière Assemblée générale de votre organisation date de 2024. Quelles contraintes ont empêché celle de 2025, et quelles mesures envisagez-vous pour assurer la régularité de cette instance statutaire ?

OHO : La dernière Assemblée générale s’est effectivement tenue en 2024. En 2025, certaines contraintes d’ordre organisationnel et liées à l’agenda institutionnel national ont retardé la tenue de cette instance statutaire. La forte mobilisation des élus locaux sur d’autres échéances prioritaires, ainsi que des ajustements administratifs internes, ont également contribué à ce décalage. Cela étant dit, il ne s’agit nullement d’un renoncement à nos obligations statutaires. Au contraire, nous sommes pleinement conscients de l’importance de l’Assemblée générale en tant qu’organe souverain de notre organisation, garant de la transparence, de la redevabilité et de la participation démocratique de nos membres. Des mesures concrètes sont d’ores et déjà engagées pour assurer la régularité de cette instance à l’avenir, notamment une planification anticipée du calendrier, une meilleure coordination avec les agendas institutionnels nationaux et une mobilisation renforcée des collectivités membres. Notre objectif est de consolider davantage la gouvernance interne de l’organisation et de veiller au strict respect de nos dispositions statutaires. Certaines contraintes organisationnelles et d’agenda institutionnel ont retardé la tenue de l’Assemblée générale en 2025. Toutefois, des mesures sont engagées pour garantir la régularité statutaire, notamment une meilleure planification et la mobilisation accrue des membres.

En juin 2022, vous avez pris les rênes de l’ANCLD pour un mandat de cinq ans, succédant à Mme Fatouma Awaleh Osman. À mi-parcours de votre mandat, quel bilan d’étape pouvez-vous dresser des réalisations accomplies par votre équipe ?

OHO : À mi-parcours de notre mandat, le bilan que nous pouvons dresser est globalement encourageant et porteur d’espoir pour l’avenir de notre organisation. Nous avons d’abord œuvré au renforcement institutionnel de l’Association, en consolidant sa gouvernance interne, en structurant davantage son administration et en améliorant ses mécanismes de coordination avec les collectivités membres. Cette étape était essentielle pour asseoir durablement la crédibilité et l’efficacité de l’ANCLD. Par ailleurs, nous avons lancé et accompagné plusieurs projets structurants au bénéfice des collectivités locales, en mettant l’accent sur des actions concrètes et visibles sur le terrain. Le renforcement des capacités a également été une priorité majeure, à travers l’organisation de sessions de formation destinées aux élus et aux cadres territoriaux, afin de mieux les outiller face aux exigences croissantes de la gestion locale. Nous avons également consolidé et élargi nos partenariats internationaux, ce qui a permis de mobiliser un appui technique et financier précieux pour nos initiatives. Enfin, nous avons apporté un appui direct aux collectivités dans l’élaboration et la mise en œuvre de leurs projets, en favorisant l’échange d’expériences et la mutualisation des bonnes pratiques. Ce bilan d’étape nous encourage à poursuivre nos efforts avec détermination pour la seconde moitié du mandat, avec l’ambition de renforcer encore davantage la place et le rôle des collectivités locales dans le développement national.

Le Réseau des Femmes Élues Locales (REFEL), lancé après l’opérationnalisation de l’ANCLD en octobre 2018, avait tenu sa première Assemblée générale en décembre 2019. Depuis, ses activités semblent moins visibles. Quelles difficultés ont freiné son développement, et quelles perspectives de relance envisagez-vous ?

OHO : Le ralentissement des activités du Réseau des Femmes Élues Locales s’explique principalement par un ensemble de contraintes d’ordre organisationnel, financier et structurel. Après son lancement et la tenue de sa première Assemblée générale en décembre 2019, le réseau a dû faire face à des défis liés à la mobilisation de ressources dédiées, à la coordination entre les différentes collectivités et à la disponibilité des élues, fortement engagées dans leurs responsabilités locales. À cela se sont ajoutés des facteurs conjoncturels qui ont temporairement ralenti la dynamique initiale du réseau. Toutefois, il est important de souligner que l’engagement de l’ANCLD en faveur du leadership féminin local demeure intact et constitue même une priorité stratégique. Dans cette perspective, nous envisageons une relance structurée du réseau, à travers la redynamisation de ses instances, l’élaboration d’un plan d’action clair et la recherche de partenariats spécifiques pour soutenir ses activités. L’objectif est de renforcer les capacités des femmes élues, de favoriser le partage d’expériences et de promouvoir une participation accrue des femmes dans la gouvernance locale. Nous sommes convaincus que le renforcement du REFEL contribuera non seulement à l’autonomisation des femmes élues, mais également à une gouvernance territoriale plus inclusive et plus équilibrée.

 

En juin 2023, l’ANCLD, en collaboration avec l’AIMF, a lancé neuf projets financés par l’Union européenne visant l’amélioration des conditions de vie en milieu urbain et rural. Où en est aujourd’hui la mise en œuvre de ces projets ? Quels impacts concrets peut-on déjà observer ?

OHO : La mise en œuvre des neuf projets lancés en juin 2023, en partenariat avec l’AIMF et financés par l’Union européenne, s’est déroulée avec succès et s’est clôturée de manière satisfaisante. Ces initiatives ont porté sur trois axes principaux : L’amélioration des services urbains et ruraux, visant à rendre les infrastructures locales plus accessibles et mieux adaptées aux besoins des populations ; Le renforcement des capacités des collectivités et de leurs élus, afin d’améliorer la planification, la gestion et l’exécution des projets locaux ; Le développement socio-économique territorial, à travers des actions concrètes favorisant l’emploi, l’inclusion et la dynamisation des économies locales. Les premiers impacts concrets sont déjà perceptibles. On note une amélioration notable des conditions de vie des habitants dans les zones concernées, une meilleure accessibilité aux services essentiels, ainsi qu’une participation citoyenne plus active dans les décisions locales. Ces projets constituent ainsi un véritable levier pour renforcer la gouvernance locale et promouvoir un développement territorial durable et inclusif.

Existe-t-il des défis– institutionnels, financiers ou structurels – auxquels l’ANCLD est confrontée ?

OHO : L’ANCLD est confrontée à plusieurs défis qui conditionnent sa capacité à accompagner efficacement les collectivités locales. La mobilisation de financements stables et suffisants reste une priorité pour soutenir nos projets, renforcer nos programmes et répondre aux besoins croissants des collectivités. Parallèlement, le renforcement des capacités techniques de nos équipes et des élus locaux demeure essentiel pour garantir la qualité et l’efficacité de la mise en œuvre des politiques de décentralisation et des projets structurants. La coordination et la structuration institutionnelle constituent également un enjeu majeur, afin d’optimiser l’organisation interne de l’Association et de renforcer la collaboration avec nos partenaires nationaux et internationaux. Enfin, le maintien d’un dialogue constant et l’engagement actif des collectivités membres sont indispensables pour assurer la pertinence et la pérennité de nos initiatives. Ces défis représentent autant d’opportunités pour consolider notre gouvernance, développer des partenariats stratégiques et contribuer durablement au développement local à Djibouti.

« Nous envisageons plusieurs réformes et initiatives majeures pour renforcer la gouvernance locale à Djibouti. »

Lors de la première édition de la Journée Nationale des Collectivités Locales, en novembre 2024, vous avez souligné le rôle central des collectivités dans la fourniture des services de base et le développement socio-économique. Pouvez-vous citer quelques projets emblématiques illustrant l’impact concret de l’ANCLD sur le terrain ?

OHO : Lors de la première édition de la Journée Nationale des Collectivités Locales, nous avons effectivement souligné le rôle central des collectivités dans la fourniture des services de base et le développement socio-économique. À ce titre, plusieurs projets emblématiques illustrent concrètement l’impact de l’ANCLD sur le terrain. Parmi eux, le projet d’appui aux autorités locales a permis de renforcer les capacités opérationnelles des élus et des cadres territoriaux, favorisant ainsi une meilleure planification et gestion des actions locales. Le projet de gouvernance participative a contribué à promouvoir l’implication citoyenne dans la prise de décisions locales et à améliorer la transparence des processus administratifs. Enfin, le projet de gestion des déchets dans certaines communes a eu un impact direct sur l’hygiène publique, tout en sensibilisant les populations à la protection de leur environnement. Ces initiatives ont également soutenu la formation des acteurs locaux et le financement d’organisations de la société civile, renforçant ainsi la participation communautaire et la qualité des services offerts aux citoyens. Elles illustrent concrètement le rôle moteur de l’ANCLD dans le développement local et la consolidation de la décentralisation à Djibouti.

Quelles sont les grandes priorités stratégiques de l’ANCLD pour les prochaines années ?

OHO : Pour les prochaines années, les grandes priorités stratégiques de l’ANCLD s’articulent autour de plusieurs axes majeurs. Nous entendons poursuivre le renforcement institutionnel de l’Association afin de consolider sa gouvernance, sa capacité opérationnelle et son rôle de coordination entre collectivités. Le développement des compétences des élus locaux reste également central, à travers des programmes de formation continue visant à mieux les préparer à gérer les défis de la décentralisation et du développement territorial. La promotion d’une gouvernance locale efficace et participative constitue un autre objectif clé, avec l’ambition de renforcer la transparence, la redevabilité et la participation citoyenne dans la prise de décision. La mobilisation de financements, tant nationaux qu’internationaux, est également une priorité afin de soutenir durablement les initiatives locales et les projets structurants. Enfin, l’ANCLD se concentrera sur l’accompagnement des collectivités dans la mise en œuvre de projets territoriaux d’envergure, visant à améliorer les services publics, le développement socio-économique et la qualité de vie des populations. Cette approche stratégique vise à inscrire l’ANCLD et les collectivités locales dans une dynamique de développement durable, inclusif et structuré sur le long terme.

Envisagez-vous des réformes structurelles ou de nouvelles initiatives majeures pour renforcer la gouvernance locale à Djibouti ?

OHO : Nous envisageons plusieurs réformes et initiatives majeures pour renforcer la gouvernance locale à Djibouti. Parmi elles, la mise en place de nouveaux mécanismes de coordination vise à améliorer la synergie entre les collectivités, l’ANCLD et les partenaires institutionnels, afin d’optimiser l’efficacité des actions locales. La digitalisation de la gouvernance locale constitue également un axe prioritaire, avec l’introduction d’outils numériques pour faciliter la gestion administrative, la planification des projets et la participation citoyenne. Parallèlement, nous entendons renforcer l’ingénierie territoriale afin de mieux appuyer les collectivités dans la conception, la planification et la mise en œuvre de projets structurants adaptés aux besoins des populations. Enfin, l’élargissement des partenariats internationaux permettra de bénéficier de l’expertise et du soutien technique de nos partenaires, tout en ouvrant de nouvelles opportunités de financement et de coopération. Ces initiatives sont conçues pour consolider une gouvernance locale plus efficace, transparente et inclusive, au service du développement territorial durable.

Comment projetez-vous l’ANCLD à l’horizon 2030 ?

 

OHO : À l’horizon 2030, nous projetons l’ANCLD comme un acteur pleinement consolidé et incontournable de la gouvernance locale à Djibouti. L’obtention récente du statut d’ONG constitue une étape majeure dans cette trajectoire, et nous travaillons déjà activement à renforcer notre institution, nos capacités opérationnelles et nos partenariats. Notre ambition est que l’ANCLD devienne un véritable catalyseur du développement territorial, capable d’accompagner efficacement les collectivités dans la mise en œuvre de projets structurants, de promouvoir une gouvernance locale inclusive et participative, et de mobiliser des ressources nationales et internationales pour soutenir le développement socio-économique des territoires. En somme, à l’horizon 2030, nous envisageons une organisation plus forte, plus professionnelle et plus influente, pleinement reconnue pour son rôle stratégique dans la décentralisation et le progrès des collectivités locales à Djibouti.

 

Quel message souhaitez-vous adresser aux élus locaux du pays pour consolider la dynamique de décentralisation ?

 

OHO : Je tiens à rappeler aux élus locaux que l’ANCLD, désormais reconnue comme une ONG, est une structure qui nous appartient à tous et qui a été créée pour servir l’ensemble des collectivités du pays. Pour consolider la dynamique de la décentralisation, il est essentiel que chaque élu s’implique activement, participe aux initiatives et contribue au renforcement de notre organisation. Ensemble, nous pouvons faire de l’ANCLD un véritable moteur du développement local, au service des populations et du progrès de nos territoires.

 

Enfin, quel appel lancez-vous à vos partenaires nationaux et internationaux ?

OHO : L’ANCLD, en tant qu’organisation faîtière au service de l’ensemble des collectivités locales, souhaite renforcer sa collaboration avec ses partenaires nationaux et internationaux. Nous lançons un appel à nos partenaires et bailleurs, afin de travailler de manière conjointe, d’être pleinement associés aux initiatives et de pouvoir bénéficier d’un accès équitable aux appels à projets. Cette collaboration permettra de mobiliser ensemble des ressources et des expertises pour soutenir efficacement les collectivités locales et contribuer au développement durable des territoires.

Pour conclure, quel mot souhaiteriez-vous partager avec la population ?

OHO : Je voudrais inviter la population à s’impliquer activement dans le développement de leurs communes et de leurs régions, en collaborant avec leurs élus locaux, en les soutenant et en leur accordant leur confiance. C’est par cette participation et cette confiance mutuelle que nous pourrons construire des collectivités plus fortes, plus efficaces et véritablement au service de tous.

Réalisée par RB

 

 

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