ANCLD : Dix années au cœur du processus de la
décentralisation
Créée en 2016 dans un contexte où le concept de la décentralisation était
encore à l’état embryonnaire sous nos cieux, l’Association Nationale des
Collectivités Locales de Djibouti, (ANCLD), s’est progressivement imposée comme
un acteur incontournable du paysage institutionnel national. De sa phase de
structuration à son rayonnement international, en passant par le renforcement
des capacités des élus et l’implication croissante de la société civile, la
faîtière de notre pays a su consolider son rôle de trait d’union entre l’État,
les régions, les communes et les partenaires au développement. Sa
reconnaissance actuelle en tant qu’organisation d’utilité publique consacre une
décennie d’engagement au service de la gouvernance locale.
L’ANCLD voit le jour en février 2016, à un moment où notre pays traverse
une étape décisive de son évolution institutionnelle. En effet, la
décentralisation, amorcée quelques années auparavant, exige alors une
coordination plus étroite entre les différentes collectivités territoriales.
Les communes et conseils régionaux disposent de compétences élargies, mais ils
manquent d’un cadre fédérateur capable d’harmoniser les pratiques, de
mutualiser les expériences et de porter leurs préoccupations auprès de l’État. La
création de l’ANCLD répond précisément à cette nécessité.
Pensée dès l’origine comme une organisation faîtière à but non lucratif,
régie par la loi de 1901 comme toutes les autres associations nationales du
pays, elle regroupe les conseils régionaux d’Ali Sabieh, d’Arta, de Dikhil, de
Tadjourah et d’Obock, ainsi que les 3 communes de la capitale : Balbala,
Boulaos et Ras-Dika.
Bien que juridiquement constituée en 2016, c’est à partir de 2018 que
l’ANCLD devient pleinement opérationnelle grâce à l’appui de l’Association
Internationale des Maires Francophones (AIMF) et au soutien de l’Union
européenne, avec pour ambition de contribuer à bâtir des collectivités fortes,
autonomes et responsables.
Cet accompagnement lui a permis d’installer un siège à Djibouti-ville, de se
doter d’un équipement bureautique, de constituer un secrétariat permanent et de
recruter un personnel administratif qualifié afin d’assurer la gestion
quotidienne. Plus encore, des outils fondamentaux sont élaborés, notamment un
organigramme fonctionnel, un manuel de procédures administratives, financières
et comptables ainsi qu’un mécanisme de suivi et d’évaluation destiné à garantir
la transparence et la rigueur de la gouvernance interne. Cette structuration servira
de socle à l’ensemble de ses actions futures et lui permettra notamment de devenir
une institution crédible, capable d’engager des projets structurants, de
dialoguer avec les autorités nationales et de répondre aux exigences des
partenaires internationaux.
Le siège de l’association, inauguré à Gabode 4 dans la commune de Boulaos,
se déterminera aussitôt par ses capacités à servir d’espace de concertation
permanente entre élus locaux. Il offre à l’association un cadre structuré pour
promouvoir la démocratie locale, défendre les intérêts des collectivités auprès
des pouvoirs publics, favoriser l’échange d’expériences et renforcer les
capacités techniques et administratives des acteurs territoriaux.
Rappelons que la démarche s’inscrit dans une dynamique politique plus
large, marquée par la création du ministère délégué chargé de la
Décentralisation, en vue de piloter et d’accompagner le processus de transfert
progressif des compétences vers les collectivités territoriales. Une initiative permet à l’ANCLD de se positionne comme
un partenaire naturel de l’État, tout en préservant son autonomie associative,
garante de sa crédibilité et de son indépendance institutionnelle.
Renforcement des capacités locales, un pari réussi
Très tôt, la faitière de Djibouti comprend que la réussite de la
décentralisation ne dépend pas uniquement des textes juridiques, mais aussi des
compétences humaines. Les élus locaux et les cadres territoriaux doivent
maîtriser des domaines aussi variés que la planification stratégique, la
gestion budgétaire, la communication publique ou la mobilisation de ressources.
Pour y parvenir l’association multiplie depuis 2018, les sessions de
formation, ateliers techniques et séminaires spécialisés. Une série d’outils
dédiée à renforcer la capacité des collectivités à concevoir et mettre en œuvre
des projets de développement.
En vue d’améliorer la qualité de la gestion locale et promouvoir une
gouvernance participative, intégrant les citoyens dans les processus
décisionnels, l’association signe un partenariat avec l’Institut National
d’Administration Publique pour des formations, réunissant élus, agents
territoriaux et représentants d’organisations de la société civile.
Et une autre, en mai 2024 avec le Ministère délégué chargé de la Décentralisation pour aligner
les priorités nationales et locales. Cette collaboration lui a permis par la suite de participer
activement aux réflexions stratégiques sur l’évolution du cadre juridique de la
décentralisation, sur la répartition des ressources financières et sur les
mécanismes d’appui technique aux communes et régions. Elle devient ainsi un
interlocuteur incontournable dans la définition des politiques publiques
territoriales.
Au fil des années, l’ANCLD instaure progressivement une culture de
gouvernance interne fondée sur la transparence et la collégialité.
La démocratie interne en action
Chaque année, elle organise son Assemblée générale ordinaire, un
rendez-vous devenu central dans la vie institutionnelle des collectivités
locales. Ces rencontres annuelles permettent de dresser le bilan des activités
écoulées, d’adopter les rapports financiers et de définir les orientations
stratégiques pour l’année suivante.
La quatrième Assemblée générale, organisée en 2023, a notamment été marquée
par une révision des statuts et du règlement intérieur, traduisant la volonté
d’adapter l’architecture institutionnelle aux nouveaux défis.
L’année 2024 marque un tournant de ses activités, avec l’organisation de la
première Journée nationale des collectivités locales. Placé sous l’égide du
Premier Ministre, Son Excellence M. Abdoulkader Kamil Mohamed, l’événement a
servi à l’association de sensibiliser le rôle croissant des territoires dans le
développement du pays.
Durant cette journée, panels, conférences et expositions illustrent les
projets menés par les communes et conseils régionaux, qu’il s’agisse
d’assainissement, d’éclairage public, de gestion des marchés ou de promotion de
l’emploi local. L’ANCLD y apparaît comme le chef d’orchestre d’une dynamique,
coordonnant les initiatives et valorisant les bonnes pratiques.
Deux jours plus tard, une journée portes ouvertes organisée au siège de
l’association renforce encore cette proximité avec les citoyens en permettant
aux visiteurs de s’enquérir des missions, des projets et des ambitions de
l’organisation.
À travers ces rendez-vous statutaires, l’ANCLD démontre son attachement aux
principes de bonne gouvernance qu’elle promeut auprès des régions et des
communes.
Des liens internationaux forts
Au-delà des frontières nationales, l’ANCLD s’inscrit dans un réseau de
coopération décentralisée. En octobre 2023, elle signe un accord avec
l’Association Nationale des Communes du Bénin, ouvrant la voie à des échanges
d’expertise entre collectivités djiboutiennes et béninoises.
Ce partenariat illustre la volonté de l’ANCLD de s’inspirer d’expériences
réussies ailleurs en Afrique et de partager ses propres avancées. Il favorise
la circulation des idées, la mutualisation des outils et la mise en place de
projets conjoints.
Du forum international de la coopération et des partenariats locaux au
Maroc en 2019, permettant à la délégation de l’ANCLD de signer non seulement des
conventions de coopération et de protocoles d’entente avec les collectivités
territoriales marocaine, européenne et africaine mais de parapher également la
charte de coopération décentralisée entre les collectivités territoriales
Africaines et Européennes, au Sommet ‘‘Climate Chance Europe Afrique 2025’’ à
Marseille, en passant par le 44è congrès de l’AIMF qui s’est tenu à Lausanne en
Suisse en mai 2022, les discussions avec les faitières du monde ont permis de renforcer
la crédibilité internationale de l’ANCLD ouvrant ainsi la voie à des nouvelles
perspectives aux collectivités djiboutiennes .
Il est à noter que malgré ces progrès significatifs, l’ANCLD demeure
confrontée à des défis financiers qui cependant ne freinent pas la dynamique
engagée mais qui au contraire, nourrissent une réflexion stratégique orientée
vers l’autonomisation progressive de l’association.
Et un nouveau chapitre en 2026
Les travaux de la 3ième séance du conseil des ministre tenus le mardi 10
février dernier sous la Présidence de Son Excellence, Monsieur ISMAÏL OMAR
GUELLEH, Président de la République et Chef du Gouvernement, ont en effet accordé
à l’ANCLD le statut d’organisation non gouvernementale. Cette reconnaissance
institutionnelle consacre dix années d’efforts soutenus et renforce la
légitimité de l’association sur la scène nationale.
Ce nouveau statut qui consacre l’ANCLD comme un acteur essentiel du
développement local, justifie assez aussi la maturité croissante de la
gouvernance locale djiboutienne.
RACHID BAYLEH
La parole à….
Ali Rouffa Aden
Secrétaire permanent de
l’ANCLD
« Ce changement de statut n’est pas une finalité,
mais une responsabilité accrue »
« La reconnaissance officielle de l’ANCLD comme organisation non
gouvernementale d’utilité publique constitue un moment historique et
profondément symbolique pour notre institution. Elle consacre des années d’engagement,
de rigueur et de travail collectif au service du développement local, de la
bonne gouvernance et du renforcement des capacités des collectivités
territoriales. Ce changement de statut n’est pas une finalité, mais une
responsabilité accrue. Il nous oblige à aller plus loin, à être encore plus
transparents, plus innovants et plus proches des besoins réels des
collectivités et des populations que nous accompagnons. Depuis sa création, l’ANCLD est née d’une
volonté claire : offrir un cadre de concertation, d’appui et de plaidoyer en
faveur des collectivités locales et du développement territorial durable. Les
premières années ont été consacrées à la structuration institutionnelle, à la
définition d’une vision stratégique claire et à l’établissement de partenariats
solides, tant au niveau national qu’international. Progressivement, l’ANCLD
s’est imposée comme un acteur crédible et reconnu, capable de porter des
projets structurants, d’accompagner les collectivités dans le renforcement de
leurs capacités institutionnelles, et de promouvoir la gouvernance locale, la
planification territoriale et la participation citoyenne. La reconnaissance
comme ONG d’utilité publique vient aujourd’hui valider ce cheminement, marqué
par la constance, la crédibilité et l’impact mesurable des actions menées sur
le terrain. Je remercie le Président de la République et l’ensemble du
gouvernement pour cette reconnaissance ».
Interview exclusive :
« Cette reconnaissance vient consolider
notre légitimité institutionnelle » Omar Houssein Omar, Président
de l’ANCLD
Dans le cadre du FOCUS de ce jeudi consacré à l’Association Nationale des Collectivités Locales de Djibouti (ANCLD), son président, Omar Houssein Omar, nous a accordé un entretien exclusif. Reconnu depuis le 10 février dernier comme organisation d’utilité publique, il revient sur la portée de cette distinction, les enjeux qu’elle soulève et les perspectives qu’elle ouvre pour l’association. Dix ans après sa création, l’ANCLD franchit ainsi une nouvelle étape en intégrant officiellement le cercle des ONG du pays. Voici l’intégralité de cette interview.
La Nation : Monsieur le Président,
dix ans après sa création, l’Association Nationale des Collectivités Locales de
Djibouti (ANCLD) a été reconnue organisation d’utilité publique lors de la 3ᵉ séance du Conseil
des ministres tenue le mardi 10 février dernier. Quelle a été votre première
réaction à l’annonce de cette reconnaissance officielle ?
Omar
Houssein Omar : C’est une immense satisfaction et une profonde fierté,
tant pour moi que pour l’ensemble des élus locaux de la République de Djibouti,
sans oublier le personnel administratif de l’ANCLD, qui œuvre quotidiennement
avec engagement et professionnalisme. Je tiens à exprimer ma sincère gratitude
à Son Excellence le Président de la République ainsi qu’à son Gouvernement pour
cette reconnaissance officielle, qui vient consacrer des années d’efforts, de
persévérance et de travail collectif au service du renforcement de la
décentralisation et du développement local dans notre pays.
Que représente concrètement pour vous
et pour l’ensemble des collectivités locales ce nouveau statut ?
OHO : L’obtention du statut d’ONG
constitue une avancée majeure et une véritable opportunité pour notre
organisation faîtière. Ce nouveau cadre juridique nous offre une reconnaissance
élargie et renforce notre crédibilité auprès de nos partenaires. Il nous permet
désormais d’intervenir aussi bien au niveau national qu’international, ce qui
n’était pas pleinement possible sous le statut d’association. Le champ d’action
d’une ONG étant plus vaste, il nous ouvre de nouvelles perspectives en matière
de coopération, de mobilisation de financements, de partenariats stratégiques
et de participation aux initiatives régionales et internationales liées à la
décentralisation et au développement local.
En quoi cette reconnaissance
renforce-t-elle la dimension institutionnelle, stratégique et opérationnelle de
l’ANCLD ?
OHO : Cette reconnaissance vient consolider notre légitimité
institutionnelle et confirmer la place centrale que nous occupons dans
l’élaboration, l’analyse et l’accompagnement des politiques publiques de
décentralisation. Elle renforce également notre capacité opérationnelle à
concevoir, piloter et gérer des projets structurants au service des
collectivités locales. Par ailleurs, elle conforte notre rôle de coordination,
de concertation et de mise en synergie entre les différentes collectivités
territoriales. Enfin, cette distinction contribue à professionnaliser davantage
notre gouvernance, à structurer notre action dans la durée et à inscrire nos
interventions dans une dynamique pérenne et cohérente.
Quelles nouvelles perspectives ou
opportunités ce statut ouvre-t-il en matière de partenariats, de financements
et de rayonnement national et international ?
OHO :
Elle ouvre désormais de larges perspectives, tant au niveau national
qu’international, notamment en matière de partenariats stratégiques et de
mobilisation de financements. Dorénavant, nous pouvons bénéficier plus aisément
de l’appui de l’État, du soutien des partenaires techniques et financiers, et
accéder à des mécanismes de financement structurés. Nous sommes également en
mesure de répondre aux appels à projets nationaux et internationaux, afin de
mobiliser des ressources au profit des collectivités locales et de mieux
répondre à leurs besoins en matière de développement et de gouvernance
territoriale.
« Notre objectif est de consolider davantage la gouvernance interne de
l’organisation et de veiller au strict respect de nos dispositions
statutaires ».
Peut-on interpréter cette décision
comme une marque de confiance renouvelée de l’État envers les collectivités locales
et leur faitière ?
OHO : Absolument. En instaurant la
décentralisation, le Président de la République a placé le développement local
au cœur des priorités nationales, en reconnaissant le rôle stratégique que
peuvent jouer les élus locaux au plus près de nos concitoyens. Cette vision
consacre la proximité comme levier essentiel d’efficacité et de cohésion
sociale, en confiant aux collectivités territoriales une responsabilité accrue
dans la mise en œuvre des politiques publiques. Il s’agit indéniablement d’une
marque de confiance forte à l’égard des élus locaux, et nous exprimons, à ce
titre, notre profonde gratitude au Président de la République ainsi qu’à son
Gouvernement pour leur engagement constant en faveur du renforcement de la
décentralisation et du développement territorial.
Selon vous, quels sont les principaux facteurs – institutionnels, organisationnels ou politiques – qui ont permis à l’ANCLD d’accéder aujourd’hui à ce statut d’utilité publique ?
OHO :
Tout d’abord, cette avancée est le fruit d’un plaidoyer constant mené par les
membres du bureau, avec l’appui de notre organe administratif composé d’un
comptable, d’un responsable de la communication, d’un chef de projet et placé
sous la coordination d’un Secrétaire permanent. Cette équipe assure la
continuité institutionnelle et le suivi rigoureux de nos actions. Deuxièmement,
elle repose sur le travail concret accompli sur le terrain, tant en matière de
renforcement des capacités de nos élus locaux que dans la mise en œuvre de
projets structurants au bénéfice direct des collectivités territoriales. Au
cours des années précédentes, nous avons bénéficié d’un appui financier et
technique précieux, notamment à travers la mise à disposition d’un consultant
par nos partenaires, en particulier l’Union européenne et l’Association
Internationale des Maires Francophones, à laquelle nous sommes affiliés. Je
tiens à profiter de cette tribune pour leur exprimer notre sincère
reconnaissance pour leur accompagnement constant et leur confiance.
En 2019, l’ANCLD a noué un partenariat
avec les parlementaires de la 8ᵉ législature. Quels ont été les
résultats concrets de cette collaboration ? Et comment se présente aujourd’hui
la coopération avec la 9ᵉ législature ?
OHO : La collaboration engagée en 2019 avec
les parlementaires de la 8ᵉ législature a constitué une étape importante dans le
rapprochement entre le pouvoir local et le pouvoir législatif. Elle a permis
d’instaurer un cadre de dialogue structuré autour des enjeux liés à la
décentralisation, au transfert de compétences, au renforcement des ressources
des collectivités territoriales et au développement territorial équilibré. Concrètement,
cette coopération s’est traduite par des échanges réguliers, des séances de
travail techniques et un plaidoyer commun visant à mieux prendre en compte les
préoccupations des collectivités locales dans l’élaboration et l’examen des
textes législatifs. Elle a également contribué à sensibiliser les
parlementaires au rôle stratégique des élus locaux dans la mise en œuvre des
politiques publiques. Avec la 9ᵉ législature, cette dynamique se poursuit et se
consolide. La coopération s’inscrit aujourd’hui dans une approche de plaidoyer
institutionnel renforcé, axée sur l’amélioration du cadre juridique de la
décentralisation, la clarification des compétences et la mobilisation de
ressources adaptées aux besoins des collectivités. Notre ambition est de
maintenir un dialogue permanent et constructif avec les représentants de la
Nation afin de faire de la décentralisation un levier effectif de développement
local et de cohésion nationale.
La dernière Assemblée générale de votre
organisation date de 2024. Quelles contraintes ont empêché celle de 2025, et
quelles mesures envisagez-vous pour assurer la régularité de cette instance
statutaire ?
OHO : La
dernière Assemblée générale s’est effectivement tenue en 2024. En 2025,
certaines contraintes d’ordre organisationnel et liées à l’agenda
institutionnel national ont retardé la tenue de cette instance statutaire. La forte
mobilisation des élus locaux sur d’autres échéances prioritaires, ainsi que des
ajustements administratifs internes, ont également contribué à ce décalage. Cela
étant dit, il ne s’agit nullement d’un renoncement à nos obligations
statutaires. Au contraire, nous sommes pleinement conscients de l’importance de
l’Assemblée générale en tant qu’organe souverain de notre organisation, garant
de la transparence, de la redevabilité et de la participation démocratique de
nos membres. Des mesures concrètes sont d’ores et déjà engagées pour assurer la
régularité de cette instance à l’avenir, notamment une planification anticipée
du calendrier, une meilleure coordination avec les agendas institutionnels
nationaux et une mobilisation renforcée des collectivités membres. Notre
objectif est de consolider davantage la gouvernance interne de l’organisation
et de veiller au strict respect de nos dispositions statutaires. Certaines
contraintes organisationnelles et d’agenda institutionnel ont retardé la tenue
de l’Assemblée générale en 2025. Toutefois, des mesures sont engagées pour
garantir la régularité statutaire, notamment une meilleure planification et la
mobilisation accrue des membres.
En juin 2022, vous avez pris les rênes
de l’ANCLD pour un mandat de cinq ans, succédant à Mme Fatouma Awaleh Osman. À
mi-parcours de votre mandat, quel bilan d’étape pouvez-vous dresser des
réalisations accomplies par votre équipe ?
OHO : À mi-parcours de notre mandat, le bilan que nous pouvons dresser est
globalement encourageant et porteur d’espoir pour l’avenir de notre
organisation. Nous avons d’abord œuvré au renforcement institutionnel de
l’Association, en consolidant sa gouvernance interne, en structurant davantage
son administration et en améliorant ses mécanismes de coordination avec les
collectivités membres. Cette étape était essentielle pour asseoir durablement
la crédibilité et l’efficacité de l’ANCLD. Par ailleurs, nous avons lancé et
accompagné plusieurs projets structurants au bénéfice des collectivités locales,
en mettant l’accent sur des actions concrètes et visibles sur le terrain. Le
renforcement des capacités a également été une priorité majeure, à travers
l’organisation de sessions de formation destinées aux élus et aux cadres
territoriaux, afin de mieux les outiller face aux exigences croissantes de la
gestion locale. Nous avons également consolidé et élargi nos partenariats
internationaux, ce qui a permis de mobiliser un appui technique et financier
précieux pour nos initiatives. Enfin, nous avons apporté un appui direct aux
collectivités dans l’élaboration et la mise en œuvre de leurs projets, en
favorisant l’échange d’expériences et la mutualisation des bonnes pratiques. Ce
bilan d’étape nous encourage à poursuivre nos efforts avec détermination pour
la seconde moitié du mandat, avec l’ambition de renforcer encore davantage la
place et le rôle des collectivités locales dans le développement national.
Le Réseau des Femmes Élues Locales
(REFEL), lancé après l’opérationnalisation de l’ANCLD en octobre 2018, avait
tenu sa première Assemblée générale en décembre 2019. Depuis, ses activités
semblent moins visibles. Quelles difficultés ont freiné son développement, et
quelles perspectives de relance envisagez-vous ?
OHO : Le
ralentissement des activités du Réseau des Femmes Élues Locales s’explique
principalement par un ensemble de contraintes d’ordre organisationnel,
financier et structurel. Après son lancement et la tenue de sa première
Assemblée générale en décembre 2019, le réseau a dû faire face à des défis liés
à la mobilisation de ressources dédiées, à la coordination entre les
différentes collectivités et à la disponibilité des élues, fortement engagées
dans leurs responsabilités locales. À cela se sont ajoutés des facteurs
conjoncturels qui ont temporairement ralenti la dynamique initiale du réseau.
Toutefois, il est important de souligner que l’engagement de l’ANCLD en faveur
du leadership féminin local demeure intact et constitue même une priorité
stratégique. Dans cette perspective, nous envisageons une relance structurée du
réseau, à travers la redynamisation de ses instances, l’élaboration d’un plan
d’action clair et la recherche de partenariats spécifiques pour soutenir ses
activités. L’objectif est de renforcer les capacités des femmes élues, de
favoriser le partage d’expériences et de promouvoir une participation accrue
des femmes dans la gouvernance locale. Nous sommes convaincus que le
renforcement du REFEL contribuera non seulement à l’autonomisation des femmes
élues, mais également à une gouvernance territoriale plus inclusive et plus
équilibrée.
En juin 2023, l’ANCLD, en collaboration
avec l’AIMF, a lancé neuf projets financés par l’Union européenne visant
l’amélioration des conditions de vie en milieu urbain et rural. Où en est
aujourd’hui la mise en œuvre de ces projets ? Quels impacts concrets peut-on
déjà observer ?
OHO : La
mise en œuvre des neuf projets lancés en juin 2023, en partenariat avec l’AIMF
et financés par l’Union européenne, s’est déroulée avec succès et s’est
clôturée de manière satisfaisante. Ces initiatives ont porté sur trois axes
principaux : L’amélioration des services urbains et ruraux, visant à rendre les
infrastructures locales plus accessibles et mieux adaptées aux besoins des
populations ; Le renforcement des capacités des collectivités et de leurs élus,
afin d’améliorer la planification, la gestion et l’exécution des projets locaux
; Le développement socio-économique territorial, à travers des actions
concrètes favorisant l’emploi, l’inclusion et la dynamisation des économies
locales. Les premiers impacts concrets sont déjà perceptibles. On note une
amélioration notable des conditions de vie des habitants dans les zones
concernées, une meilleure accessibilité aux services essentiels, ainsi qu’une
participation citoyenne plus active dans les décisions locales. Ces projets
constituent ainsi un véritable levier pour renforcer la gouvernance locale et
promouvoir un développement territorial durable et inclusif.
Existe-t-il des défis– institutionnels, financiers ou structurels – auxquels l’ANCLD est confrontée ?
OHO : L’ANCLD est confrontée à plusieurs défis qui conditionnent sa
capacité à accompagner efficacement les collectivités locales. La mobilisation
de financements stables et suffisants reste une priorité pour soutenir nos
projets, renforcer nos programmes et répondre aux besoins croissants des
collectivités. Parallèlement, le renforcement des capacités techniques de nos
équipes et des élus locaux demeure essentiel pour garantir la qualité et
l’efficacité de la mise en œuvre des politiques de décentralisation et des
projets structurants. La coordination et la structuration institutionnelle
constituent également un enjeu majeur, afin d’optimiser l’organisation interne
de l’Association et de renforcer la collaboration avec nos partenaires
nationaux et internationaux. Enfin, le maintien d’un dialogue constant et
l’engagement actif des collectivités membres sont indispensables pour assurer
la pertinence et la pérennité de nos initiatives. Ces défis représentent autant
d’opportunités pour consolider notre gouvernance, développer des partenariats
stratégiques et contribuer durablement au développement local à Djibouti.
« Nous envisageons plusieurs réformes et
initiatives majeures pour renforcer la gouvernance locale à Djibouti. »
Lors de la première édition de la
Journée Nationale des Collectivités Locales, en novembre 2024, vous avez
souligné le rôle central des collectivités dans la fourniture des services de
base et le développement socio-économique. Pouvez-vous citer quelques projets
emblématiques illustrant l’impact concret de l’ANCLD sur le terrain ?
OHO : Lors de la première édition de la Journée Nationale des Collectivités
Locales, nous avons effectivement souligné le rôle central des collectivités
dans la fourniture des services de base et le développement socio-économique. À
ce titre, plusieurs projets emblématiques illustrent concrètement l’impact de
l’ANCLD sur le terrain. Parmi eux, le projet d’appui aux autorités locales a
permis de renforcer les capacités opérationnelles des élus et des cadres
territoriaux, favorisant ainsi une meilleure planification et gestion des
actions locales. Le projet de gouvernance participative a contribué à
promouvoir l’implication citoyenne dans la prise de décisions locales et à
améliorer la transparence des processus administratifs. Enfin, le projet de
gestion des déchets dans certaines communes a eu un impact direct sur l’hygiène
publique, tout en sensibilisant les populations à la protection de leur
environnement. Ces initiatives ont également soutenu la formation des acteurs
locaux et le financement d’organisations de la société civile, renforçant ainsi
la participation communautaire et la qualité des services offerts aux citoyens.
Elles illustrent concrètement le rôle moteur de l’ANCLD dans le développement
local et la consolidation de la décentralisation à Djibouti.
Quelles sont les grandes priorités
stratégiques de l’ANCLD pour les prochaines années ?
OHO : Pour les prochaines années, les grandes priorités stratégiques
de l’ANCLD s’articulent autour de plusieurs axes majeurs. Nous entendons
poursuivre le renforcement institutionnel de l’Association afin de consolider
sa gouvernance, sa capacité opérationnelle et son rôle de coordination entre
collectivités. Le développement des compétences des élus locaux reste également
central, à travers des programmes de formation continue visant à mieux les
préparer à gérer les défis de la décentralisation et du développement
territorial. La promotion d’une gouvernance locale efficace et participative
constitue un autre objectif clé, avec l’ambition de renforcer la transparence,
la redevabilité et la participation citoyenne dans la prise de décision. La
mobilisation de financements, tant nationaux qu’internationaux, est également
une priorité afin de soutenir durablement les initiatives locales et les
projets structurants. Enfin, l’ANCLD se concentrera sur l’accompagnement des
collectivités dans la mise en œuvre de projets territoriaux d’envergure, visant
à améliorer les services publics, le développement socio-économique et la
qualité de vie des populations. Cette approche stratégique vise à inscrire
l’ANCLD et les collectivités locales dans une dynamique de développement
durable, inclusif et structuré sur le long terme.
Envisagez-vous des réformes
structurelles ou de nouvelles initiatives majeures pour renforcer la
gouvernance locale à Djibouti ?
OHO : Nous envisageons plusieurs réformes et
initiatives majeures pour renforcer la gouvernance locale à Djibouti. Parmi
elles, la mise en place de nouveaux mécanismes de coordination vise à améliorer
la synergie entre les collectivités, l’ANCLD et les partenaires
institutionnels, afin d’optimiser l’efficacité des actions locales. La
digitalisation de la gouvernance locale constitue également un axe prioritaire,
avec l’introduction d’outils numériques pour faciliter la gestion
administrative, la planification des projets et la participation citoyenne.
Parallèlement, nous entendons renforcer l’ingénierie territoriale afin de mieux
appuyer les collectivités dans la conception, la planification et la mise en
œuvre de projets structurants adaptés aux besoins des populations. Enfin,
l’élargissement des partenariats internationaux permettra de bénéficier de
l’expertise et du soutien technique de nos partenaires, tout en ouvrant de
nouvelles opportunités de financement et de coopération. Ces initiatives sont
conçues pour consolider une gouvernance locale plus efficace, transparente et
inclusive, au service du développement territorial durable.
Comment projetez-vous l’ANCLD à
l’horizon 2030 ?
OHO : À l’horizon 2030, nous
projetons l’ANCLD comme un acteur pleinement consolidé et incontournable de la
gouvernance locale à Djibouti. L’obtention récente du statut d’ONG constitue
une étape majeure dans cette trajectoire, et nous travaillons déjà activement à
renforcer notre institution, nos capacités opérationnelles et nos partenariats.
Notre ambition est que l’ANCLD devienne un véritable catalyseur du
développement territorial, capable d’accompagner efficacement les collectivités
dans la mise en œuvre de projets structurants, de promouvoir une gouvernance
locale inclusive et participative, et de mobiliser des ressources nationales et
internationales pour soutenir le développement socio-économique des
territoires. En somme, à l’horizon 2030, nous envisageons une organisation plus
forte, plus professionnelle et plus influente, pleinement reconnue pour son
rôle stratégique dans la décentralisation et le progrès des collectivités locales
à Djibouti.
Quel message souhaitez-vous adresser
aux élus locaux du pays pour consolider la dynamique de décentralisation ?
OHO : Je tiens à
rappeler aux élus locaux que l’ANCLD, désormais reconnue comme une ONG, est une
structure qui nous appartient à tous et qui a été créée pour servir l’ensemble
des collectivités du pays. Pour consolider la dynamique de la décentralisation,
il est essentiel que chaque élu s’implique activement, participe aux
initiatives et contribue au renforcement de notre organisation. Ensemble, nous
pouvons faire de l’ANCLD un véritable moteur du développement local, au service
des populations et du progrès de nos territoires.
Enfin, quel appel lancez-vous à vos partenaires nationaux et internationaux ?
OHO :
L’ANCLD, en tant qu’organisation faîtière au service de l’ensemble des
collectivités locales, souhaite renforcer sa collaboration avec ses partenaires
nationaux et internationaux. Nous lançons un appel à nos partenaires et
bailleurs, afin de travailler de manière conjointe, d’être pleinement associés
aux initiatives et de pouvoir bénéficier d’un accès équitable aux appels à
projets. Cette collaboration permettra de mobiliser ensemble des ressources et
des expertises pour soutenir efficacement les collectivités locales et
contribuer au développement durable des territoires.
Pour conclure, quel mot
souhaiteriez-vous partager avec la population ?
OHO : Je
voudrais inviter la population à s’impliquer activement dans le développement
de leurs communes et de leurs régions, en collaborant avec leurs élus locaux,
en les soutenant et en leur accordant leur confiance. C’est par cette
participation et cette confiance mutuelle que nous pourrons construire des
collectivités plus fortes, plus efficaces et véritablement au service de tous.
Réalisée
par RB













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